Castres sans autoroute

c'est possible

collectif Autreroute


Le débat public à Bourg St Bernard : une brèche est ouverte (08/12/09).


Brûler de l’essence, produire du CO2, perdre son temps (?), pour se rendre dans la nuit, dans une salle des fêtes au fond de la campagne haut-garonnaise, pour entendre parler du calvaire des ambulances sur la RN 126, des terres agricoles qu’on ampute, des trains qui coûtent cher, du développement durable (mais limité à Copenhague), de bilan carbone, c’est se plonger au cœur des préoccupations des gens, de leurs inquiétudes, de leurs désirs. Ces rencontres, pour répétitives qu’elles soient, nous livrent néanmoins le témoignage d’une pensée collective, qui se construit au fil des réunions, qui évolue. D’infimes nuances, dans des discours qui ont déjà été tenus ailleurs, permettent de sentir qu’il se passe quelque chose. Parler à nouveau des mêmes problèmes, des mêmes attentes, des mêmes incompréhensions est profondément lassant, et conduit M. Hébrard, maire de Vendine, politique responsable, à laisser éclater, après 2 heures de réunion, son profond agacement : « Ce débat est stérile, il faut le faire évoluer !» Le « patient-autoroute », dans l'examen sans cesse recommencé de son existence, butte. Il cesse d’avancer, il a fini de lancer sa douleur à l’écoute des autres, et après avoir été soulagé de prendre la parole, se retrouve seul, avec toujours la même angoisse... Oserons-nous l'admettre? Ce débat public ressemble à une cure analytique collective, avec ses avancées, ses doutes, ses lapsus, ses non-dits, et son écoute. Madame la Présidente du débat public l’a bien compris, elle pour qui la parole est primordiale. Mais nous sommes arrivés à un point de révolte, car tout a été dit sur le dossier qu’on nous présente, et il ne peut plus avancer autour de la dualité initiale concession privée ou 2 fois 2 voies gratuite. Rien d’étonnant donc, que ce soir-là, au cœur du débat, au cœur du bouillonnement collectif, ait émergé l’idée, la nécessité, l’urgence, de l’étude d’une troisième solution concernant ce projet d’aménagement commun du territoire. L'idée d'un débat qui tourne en rond n'est donc qu'un leurre. Lentement, il a fini par faire émerger la seule solution qui nous permette d'avancer collectivement, d'avancer ensemble. Il n'est pas d'accouchement qui ne se soit sans douleur.

Agriculture : pertes de terres inéluctables


L’agriculture a déjà été évoquée, et notamment lors de la table ronde de Caraman, par la voix de la SAFALT, mais c’était la première fois que les agriculteurs prenaient si nombreux la parole. Ils connaissent bien les procédures de remembrement, et ne semblent pas inquiets de cela. Ils nous expliquent que les exploitants qui se trouvent directement sur l’emprise du tracé seront effectivement recasés. Néanmoins, des « grignotages » des exploitations proches seront opérés, ce qui constitue autant de pertes de terres agricoles. La compétition avec l’étalement urbain de la métropole toulousaine, est ici une préoccupation majeure, qui n’est pas née cependant avec ce projet autoroutier. Cela contraste avec la chambre d’agriculture du Tarn, qui semble moins sensible à la problématique des pertes de terres agricoles. Le projet agricole départemental nous est expliqué en 3 points :

   1.      installer des gens
   2.      conforter les gens
   3.      maîtriser le territoire.

La logique actuelle, sur le moyen et le long termes, est une logique « de pertes de terres acceptées », 700 ha par an (ce qui correspond à 10 familles), pour permettre le développement économique. Une autoroute ajoutée à cela aura un impact qui peut être très mauvais : certains agriculteurs sont opportunistes, et vendront des terres pour en faire du logement. L’emprise prévue de l’autoroute est de 350 ha, mais l’impact peut aller jusqu’à 10 fois plus. « On sacrifie un peu trop facilement des terres agricoles » nous dit-on.

Agriculture : un métier de passion


« Cette terre, nous la cultivons en famille, depuis plusieurs générations. Pour vous, c’est juste du bitume. » La compétition est rude avec l’aérodrome de Bourg St Bernard par exemple, et il n’y a pas de terres pour le remembrement. « Il n’y a pas de jachère ici, c’est de la bonne terre ». « Faudra-t-il augmenter les rendements, et redevenir des pollueurs comme dans les années 70 ? » Le choix du type d’agriculture, la proximité avec les gens qui travaillent la terre, sont des questions cruciales, que le débat sur l’opportunité de la création d’une nouvelle autoroute nous fait toucher. Castres vit aussi de cette agriculture et dans une optique de circuits courts pour les matières produites, le besoin de terres fertiles proches de Castres sera croissant dans les années à venir.

Les pros autoroute : à fond, toujours.


Et c’est parti pour la rengaine, dont on ne se lasse pas finalement. « Ce n’est pas une question philosophique », on le sait déjà, et « on ne va pas renoncer simplement parce que ce n’est pas très joli dans le paysage ». Alors là non ! Il faut lire le dossier avant de parler (p.85). Il y aura « des talus adoucis » pour « intégrer au mieux le projet dans les structures paysagères », et « un traitement architectural des ouvrages d’Art ». Ce sera donc très joli, bien au contraire !
« Le train c’est cher et c’est payé avec nos impôts, et pas l’autoroute ! » Un aller-retour en train coûte 112 €, l’usager ne paie que 23 % (p.38 du dossier). C’est M Cousin qui le dit. Et combien la voiture coûte-t-elle à l’usager et surtout à la collectivité ? Malheureusement, p.38 du dossier, rien n’est mentionné, oubli regrettable. On peut toujours se référer au barème kilométrique des impôts ou aux associations d’automobilistes. Le coût d’une automobile est effarant, et on préfère l’oublier. Son coût collectif aussi, de par toutes les pollutions induites (production, fonctionnement, élimination), les accidents sur la route, l’utilisation des forces de police etc…
C’est au tour de M. l’adjoint au maire de Mazamet, qui craint qu’on fasse de cette autoroute un « symbole », qui dit qu’opposer le Sud Tarn et la planète n’a aucun sens, qu’il ne faut pas instrumentaliser l’écologie, et qu’il ne faut pas opposer le développement durable et le développement local. Les questions abordées ici sont profondes, mais si la réponse est « autoroute », alors c’est le gouffre. Plouf ! Dans le même genre, Mme Villequin, qui nous dit que c’est une erreur d’être pour ou contre l’autoroute « en général ». Il faut progressivement favoriser d’autres modes de transports (oui !), car les autoroutes ne la font pas rêver (Nous non plus !). « Il faut construire un monde différent et un peu plus humain » (« fra-ter-ni-té, fra-ter-ni-té ! »...). « Je serais opposée si le projet était pharaonique ». Pan, tout se brise. Le nouveau monde, c’est le même qu’avant, mais comment dire… en différent, pas pareil, vous voyez non ? Commentaire de trois habitants du coin : « elle, elle a rien dit, elle a fait perdre 3 minutes ». Ils sont rudes par là bas.

Ambulances, bébés et parent handicapé : pathos, le retour du come back.


Le directeur du CHIC (nouvel hôpital de Castres-Mazamet qui sera opérationnel dans 10 mois), nous parle au nom du personnel et du corps médical, et des médecins urgentistes : tous pour l’autoroute ! Rompez les rangs ! L’autoroute il est pour, car c’est plus rapide, plus sécurisé et plus confortable pour les patients, et les bébés. Il faut aussi attirer des praticiens car « nous avons perdu un cancérologue à cause du manque d’autoroute ». Amis cancérologues, vos lumières nous importent. Les pollutions en très forte augmentation vous rendent incontournables. Est-ce un si grand sacrifice que de venir vivre à Castres ? Ne voyez-vous aucune contrepartie au manque d’autoroute pour Toulouse ? Si demain l’autoroute ne se fait pas, nous laisserez-vous seuls, avec nos métastases, ou viendrez-vous vivre ici, et soignez, contre un salaire digne de votre art, le petit bébé mazamétain atteint d’une leucémie, pour que ses parents n’aient pas à faire un trajet quotidien épuisant Castres Toulouse, autoroute ou pas ?
Monsieur Thouroude, maire adjoint de Castres (il s’en rappelle, lui) et conseiller général, prend la parole. Il est ému en nous parlant de ses origines toulousaines et de son père handicapé. « J’ai dû me rendre à son chevet parce qu’il a été hospitalisé d’urgence, je vous laisse imaginer le trajet entre Castres et Toulouse pour essayer de rejoindre mon Papa ». D’accord, imaginons. Les images de l’enfance qui remontent à la surface, la complicité, et les conflits, les incompréhensions et là, au moment du crépuscule, alors que le handicap s’est installé depuis trop longtemps, le temps s’accélère. Il faut rattraper les erreurs, se dire ce qu’on a sur le cœur depuis toutes ces années, mais est-il encore temps ? Si seulement il y avait une autoroute entre Castres et Toulouse…pour simplement essayer, oui essayer de rejoindre son papa handicapé « Je ne vais pas m’apitoyer, j’aurais dû rester à Toulouse… » Là, on est désolés, on voudrait bien rendre service, mais on ne sait pas trop comment. Auriez-vous vous dû rester à Toulouse et abandonner votre projet de vie ? Cruel dilemme, que nous sommes tous amenés à rencontrer un jour. Quand on vous dit que ce débat est philosophique et psychanalytique. A part ça ? Les familles disposent de plusieurs véhicules, certains désagréments liés à l’autoroute sont compréhensibles mais il ne faut pas empêcher le développement, et le taux de chômage est supérieur de 1,5% à celui de Midi Pyrénées. A part ça ? C’est tout. (verbatim p.37)

DREAL


La DREAL s’accroche à son dossier, et elle le défend chaque fois qu’elle le peut. Elle reprend d’ailleurs systématiquement les opposants au projet, mais jamais elle ne prend la parole pour corriger, contester, préciser un point abordé par un pro autoroute. Elle pourra le faire au cours de la réunion, mais jamais en réponse directe. Et pourtant il y a matière, quand une personne affirme qu’on va gagner 20 minutes, alors que c’est écrit 15 min dans le dossier, que l’autoroute créera des emplois, alors que cette perspective est « aléatoire » comme il est écrit dans le dossier, que circuler sur autoroute produit moins de CO2 que sur la route, alors que c’est bien entendu le contraire qu'annonce ce même dossier. La DREAL veut bétonner, on l’a compris, mais respectons les formes s’il vous plaît ! Au passage : dimanche 13 décembre, sur M6, dans l'émission « 66 minutes », on a pu entendre, à une heure de grande écoute, qu'actuellement, pour se rendre de Castres à Toulouse par la RN 126, il faut plus de 1H30... Alors, on se demande quel trajet on a bien pu faire prendre à nos pauvres journalistes parisiens pour mettre autant de temps pour rejoindre la métropole... On les a fait passer par Mazamet? Ou alors, la durée de l'arrêt au bar-tabac de Cuq-Toulza, « chez Marylou », a été intégrée dans ce calcul?

Pour finir, la bombe à retardement.


La demande a cette fois été très forte, elle s’est répétée, à plusieurs reprises. Pourquoi ne dispose-t- on pas d’une étude de l’aménagement de la RN 126 sur l’existant ? Et le dossier est enfin apparu pour ce qu’il est : choisir entre une autoroute, et une autoroute. C’est ce qui a poussé Mme Casinier, médecin au Bourg, à dire « à quoi sert le débat, on dit oui et puis c’est tout ! » Mme Coquin habitante du lieu : « Pourquoi n’a-t-on pas d’autre proposition de route ? C’est trop facile de construire une autoroute au milieu des champs », et de rappeler que la charte Interscot impose de mettre en lien les villes entre-elles : « qu’en est-il entre Lavaur et Castres ? ». C’est vrai qu’en termes d’aménagement, l’itinéraire Castres- Lavaur-St Sulpice, n’est pas étudié dans le dossier, alors que c’est là que passe la ligne de chemin de fer, c’est M Oussard, gérant de société qui le rappelle. « Il y a 40 à 60 000 habitants dans ce territoire et vous choisissez un itinéraire au milieu de rien », « pour gagner 15 min dans 10 ans, on peut bien réfléchir encore un peu ». M Grammont de la DREAL lui répond « que l’axe RN 126 est celui qui est privilégié actuellement, que des aménagements ont déjà été faits, que donc cet itinéraire est cohérent, et il est dans le cadre de la saisie de la CPDP ». Parlons un peu d’argent (non ce n’est pas vulgaire et déplacé). M Bouche, maire de St Pierre, rappelle les réformes en cours des collectivités territoriales. La suppression de la taxe professionnelle annonce des budgets à la baisse, et la fin de la possibilité de financements croisés complique sérieusement le montage financier du projet. Et M. Hébrard, conseiller général de Haute Garonne, d’affirmer : « rassurez-vous elle (l'autoroute) ne se fera pas, mais le conseil général est prêt à travailler sur d’autres solutions ». Ça n’a pas calmé les personnes qui étaient autour de lui, et qui avaient fait un esclandre quelques minutes plus tôt. M Foulquin enfonce le clou car « le SCOT du Pays d’Autan s’est prononcé pour l’autoroute faute d’alternatives », « le débat est tronqué si on n’a pas d’alternatives », et de reprendre des considérations philosophiques en parlant de l’Amérique latine et de la Tunisie, « nous sommes riches, mais pas prêts à lâcher quoique ce soit, nous sommes dans un présent de petit humain, avec 25 ans pour réagir, c’est court ». « Il faut envisager les solutions évidentes, et aussi les solutions les plus folles, pour valider la meilleure solution ». C’est alors sans doute la folie qui a investi l’esprit de Mme Barrès, quand elle a dit entendre la demande de solutions alternatives qui s’exprimait ce soir là, et qu’elle a annoncé publiquement que la demande d’étude « présente un certain intérêt, avec des points importants ». Suivant la procédure légale, la CPDP a transmis la demande à la DREAL, maître d’ouvrage, qui a opposé une fin de non recevoir, sauf pour l’étude avec une limitation à 110 km/h, et un projet de fret ferroviaire local. Pour le reste M. Grammont précise : non le projet n’est pas irréaliste, non il ne faut pas parler de l’opportunité du projet car le dossier a été approuvé au plan national, oui le dossier est conforme à la loi Grenelle 1 puisque une augmentation des capacités routières est prévue dans la loi ; les études relèvent de la CPDP (ce qui garantie l’indépendance), et les délais sont de toute façon trop courts. La CPDP a pris acte du refus, et déclaré que « cela ne préjuge pas d’une suite éventuelle ».

C’est le grand théâtre de la vie démocratique qui se déploie sous nos yeux, avec décors, mise en scène, comédiens, vibrations de la salle. Beaucoup nous l’envie. On paie cher, peut-être, mais qu’est-ce que c’est bien...



C’était pas tout à fait fini... car maintenant voilà les prix !

Prix veaux, vaches, cochons, biquettes...

A tous les agriculteurs, paysans, du coin. Ils nous ont rappelé l’importance de la terre, pour nourrir les populations, l’aspect irréversible de l’expansion urbaine, et l’urgence de la contenir. Ils nous rappellent que manger c’est vivre, et que l’agriculture est le premier maillon d’une chaîne, dont nous sommes tous acteurs, mais que notre société d'hyperconsommation a tendance à occulter. Ajoutons que les interventions des agriculteurs ont fait plaisir à Mme Barrès, et tout ce qui fait plaisir à Mme Barrès nous fait plaisir, car on l’aime bien, Mme Barrès. C’est dit !

Prix transport de troupes.

M. Franck Thorel, avec qui des membres d'Autreroute avait pu discuter en toute sérénité lors de la réunion de Brassac. Pourtant, M. Thorel est le fidèle transporteur du « commando castrais », starisé par M6. Une bonne intervention dans la soirée, où il rappelle l’importance du développement des bus d’ici à 2015, sans attendre l’issue des débats. Ça nous change des transports Ballent à Mazamet. Puisque la discussion est possible, nous aimerions connaître votre point de vue sur la consommation des cars sur route et autoroute. Et, surtout, déconne pas Francky, dans les virages en épingle de la RN 126, car si tu plies le bus, tu décapites le conseil municipal de Castres. C’est une lourde responsabilité.

Prix Baygon vert

M Dumayrou, lui aussi transporteur autocariste, pour sa phrase « non, je ne suis pas un nuisible ». C’était digne d’un quiproquo à la Pierre Richard, entre lui et l’animatrice du débat, Nerte Dautier. Elle lui avait reproché des propos nuisibles aux autres. Il faut dire qu'il avait commencé fort avec l’histoire de l’homme qui a été attaqué par une vache, mais il faut lire le verbatim p.44 pour avoir tous les croustillants détails de cette histoire.

Prix brève de comptoir.

Pour trois locaux, qui, à propos de l’impact de l’autoroute sur les terres agricoles, commentent : « la terre qui est sous l’goudron elle est morte, faut pas nous prendre pour des cons ».

Prix fossoyeur d’autoroute.

L’inoxydable Fréderic Manon, qui a repris la parole, et oui, on la lui donnait, et il avait des choses à dire. Et en avant les études techniques, les comparaisons, les analyses, les simulations et modélisations des grands systèmes, le PIB, les %.... Ce gars a dû construire des autoroutes dans une autre vie, c’est pas possible autrement.
En tout cas maintenant, c’est bien fini.

L’attente est insupportable ! LA SUITE !!!!

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