En trois interventions on en apprend beaucoup. Une « position claire et
unanime » selon M Benoit. C’est vrai que c’est devenu clair. Madame
Lapérouse nous expose qu’elle a toujours soutenu la nécessité d'une 2x2
voies entre Castres et Toulouse, mais qu’il ne faut se leurrer ni sur
les délais, ni sur le financement. 2015 est totalement illusoire, et le
Conseil Général n’a pas d’argent, ce qui sera explicitement confirmé en
fin de soirée. La DREAL confirme que sans subvention d’équilibre, le
projet ne se fera pas. Alors que faire ? Madame Lapérouse propose un
aménagement de la section Castres Puylaurens, et le contournement de
Cuq-Toulza. C’est faisable pour 2014-2015. Étonnant, non?
Il faut reconnaître que nous sommes gagnés très rapidement par
l’inquiétude, car les « habitants de Castres » qui se présentent, «
oublient » de dire : qu’ils sont conseillers municipaux (M.Bousquet),
directrice de cabinet du maire (Mme Verlhac), bras droit du maire (M.
Pardo). D’où vient cette perte de mémoire (récurrente) ? Tentons ici
une explication. Vous avez remarqué que tous les partisans de
l’autoroute qui ont un discours rôdé, lisent des feuilles qui ont été
préparées par le cabinet noir de l’autoroute. Dans un souci de
simplification, et pour ne pas s’occuper de qui dit quoi, ils ont écrit
pour tous : « j’habite à Castres ». Simple, efficace, pas faux, mais
incomplet.
Le débat public est un exercice de démocratie participative. Tous les
citoyens peuvent prendre la parole, pour exprimer directement leur
point de vue. À cet effet, la prise de parole de chaque personne est
unique, pour éviter que quelques acharnés du micro n’accaparent
l’espace qui appartient à tous. Que penser alors, d’une organisation,
qui affrète des bus depuis Castres, prépare des textes à lire, se
dissémine dans la salle en des points stratégiques, et organise la
claque dans chacune des réunions ? L'éditorialiste du Journal d'ici,
hebdomadaire qui mène depuis quelques temps déjà une véritable croisade
médiatique en faveur de l'autoroute, n'a pas de mots assez durs pour
dénoncer de telles pratiques (n°300, 19-25 novembre 2009) : «
Judicieusement répartis dans la salle
– ils avaient pris soin de s'y
installer avant le coup d'envoi – et généralement habillés de façon à
être immédiatement repérables dans la foule par l'animatrice du débat,
(ils) ont fait montre d'un incontestable professionnalisme ».
Mais,
bien évidemment, Monsieur Pierre Archet, qui signe chaque semaine des
textes qui ne départirait en rien dans Valeurs Actuelles ou le Figaro
Magazine, ne dénonce pas ici l'attitude de la mairie de Castres,
mais
celle... des opposants au projet, accusés d'agir comme des «
contestataires de tout poil parfois formés à l'excellente école des
organisations gauchistes ». Oser penser que le cabinet du maire
de
Castres abriterait des membres exfiltrés de l'extrême-gauche, avouez
qu'il y a de quoi s'inquiéter... Une telle propension au phénomène
psychique de la projection ne lasse de surprendre. C’est en tout cas du
détournement de démocratie.
Il faut se dire que dans cette arène, de nombreuses personnes, qui sont pour ou contre, sont intimidées (et il y a de quoi !) et ne parlent pas. La présidente de la commission, Mme Barrès, rappelle les règles à chaque réunion, et « l’esprit » de ces règles. Il ne doit pas lui avoir échappé que certains contournent les règles, au mépris du débat (que Pierre Archet, toujours dans le même éditorial, qualifie pour mémoire de « grand barnum de la démocratie participative »). Il ne faut pas s’y habituer. Il faut, encore et toujours, révéler et dénoncer de telles pratiques.
S’opposer à l’autoroute, selon Mme Verlhac, c’est défendre des intérêts
particuliers. Invoquer le Grenelle de l’environnement, c’est de
l’opportunisme, venant de personnes qui ont mité le paysage il y a 30
ans. Un discours très agressif donc, qui vient finalement sur le
terrain de l’écologie, et qui fait comme si nous étions encore il y a
trente ans. Mais ce n’était qu’un échauffement car arrive M Pardo, qui
se lance dans un numéro de caricature du discours des opposants. Quel
showman ! Il nous parle de la fin du monde, annoncée par les Mayas, et
des ours blancs qui sont plus importants que les Castrais. Quelques 40
km d’autoroute ne vont pas changer la face du monde, et puis tous ces
écolos, qui sont à Kyoto, à Copenhague, qu’en ont-ils à faire de ces
péquenauds de Castrais, tous ces députés européens à Bruxelles (ça
rappelle les « ronds de cuir de Paris » non ?), ils n’ont qu’à faire du
vélo... Il faudrait accepter en silence, et faire comme Ugolin dans
Manon des sources, genre « si on n’a pas l’eau on va crever », « dites
à Monsieur le Président que si on n’a pas l’eau, on va crever » (il
parle sans doute du président Sarkozy, le responsable du Grenelle entre
autre…)... Si la claque n’était pas venue avec le « grenellobus », son
intervention ridicule aurait certainement été sifflée. Ce discours est
symptomatique de ce qu’on peut entendre à Castres pour justifier
l’immobilisme en matière d’environnement. Nous sommes des laissés pour
compte, isolés, en lutte contre Paris, Bruxelles, contre les
technocrates, aujourd’hui verts, qui veulent nous empêcher de nous
développer. Là, c’est de l’autoroute dont on veut nous priver. Pourquoi
devrait-on renoncer, alors qu’on a déjà tellement souffert ? Opposer
Castres et le reste du monde, se poser en victime, ça ne mobilise pas
les énergies. Personne ne parle de refuser à cette ville la possibilité
de se développer, bien au contraire, mais elle peut le faire autrement,
en imaginant des modèles respectueux de l’environnement. C’est possible
ailleurs en Europe, alors ouvrons les portes et les fenêtres, qu’on
respire un peu !
Au tour de M. Bousquet, notre étudiant à Toulouse, qui nous parle aussi
d’écologie. L’autoroute est selon lui, un bienfait écologique, rien de
moins, et il le démontre. Sur autoroute, on rejette moins de CO2, car
on roule à vitesse constante, on n’accélère, ni ne décélère aux
multiples ronds-points. Imparable, sauf qu’il faudra expliquer pourquoi
on a toujours dit qu’on consommait plus sur autoroute, ce qui provoque
donc plus de rejet de CO2. Il faudra finir par tordre le cou à ce
pseudo bon sens, et c’est à la DREAL de le faire. Argument suivant,
l’autoroute permet de capter les eaux de ruissellement qui contiennent
de nombreux polluants, et qui sont purifiées avant d’être rejetées dans
la nature. Vrai ! Mais alors il y a du boulot, et sur toutes les routes
de France. Et pour préserver la nature, on va la bétonner, en ville et
à la campagne. Une bonne couche de bitume là où pousse tout un tas de
trucs verts, et les eaux de ruissellement sous contrôle ! Vision
technologique de notre emprise sur le monde. Il existe d’autres façons
de penser, rassurons-nous.
Des avis pris ici et là. Un état moderne est un état sobre, et avec 135
M€, on peut faire quelque chose d’humble.
Le développement économique par la croissance reste malheureusement le
seul modèle économique accepté par tous, de droite comme de gauche.
(Rien n’est moins sûr…la planète n’est pas infinie en ressource)
Il faut développer les complémentarités et les solidarités. Il faut
traiter l’habitat, les gares et la route en même temps. Une autoroute
seule en plein champ n’a pas de sens.
Il faut réfléchir à un autre mode de production. On donne tout au
privé, alors que c’est à l’État de développer des infrastructures
territoriales : moins d’impôts certes, mais un bouclier fiscal.
C’est une question centrale, pour les habitants des communes qui
longent l’éventuelle autoroute, mais aussi pour les Castrais. Castres
n’est pas sur une île, elle fait partie d’un territoire. Personne ne
discute du fait qu’une 2x2 fois provoque un étalement urbain, ni les
pour, ni les contres, ni la DREAL. Les pour demandent seulement que
celui-ci soit maîtrisé, que le nombre d’échangeurs soit limité. « On
compte sur le sérieux des maires ». On demande un « tracé idéal », une
« assurance de non-anarchie de l’urbanisme ». La table ronde de Caraman
a bien montré que c’était un vœu pieux, à Nailloux par exemple. La
DREAL confirme les 5 échangeurs, explique que le grand contournement de
Toulouse était un projet différent, et que le développement
non-maîtrisé n’est pas une fatalité. S’ils le disent…
Quand on est pour l’autoroute, on veut que celle-ci respecte
l’environnement, et ne mite pas le paysage. Et si la solution était
d’envisager autre chose que l’autoroute ?
C’est M. Lamarque, directeur des relations publiques de
l’entreprise, qui nous explique les enjeux de l’autoroute pour son
entreprise. Il énumère toutes les actions mises en place pour
accompagner les déplacements des collaborateurs : plan de déplacement
d’entreprise, conjugaison de l’ensemble des moyens de communication,
utilisation de bus, création de 2 arrêts ferroviaires (Cauquillous et
Galliéni au Cancéropole), parking réservé à la gare de Castres. L’avion
fonctionne entre Castres, Paris et Lyon. Ils disposent d’un centre de
visioconférence. Mais il faut néanmoins toujours se rencontrer et se
déplacer : l'autoroute est nécessaire, pour s’adapter aux changements
dus à la mondialisation, pour améliorer la compétitivité, car tous les
pays développés améliorent leur réseau routier, pour se développer à
l’International, car Castres doit être perçue comme un territoire
facilement accessible.
C’est un bon résumé de notre mode de fonctionnement économique, qui est
en crise rappelons-le. Castres doit être « perçue ». L’acteur
économique incontournable de Castres nous donne là une clé. Perçue par
qui ? Par des donneurs d’ordres qui n’habitent plus à Castres ? A
New-York, par exemple, comme le PDG de Carreman-Dynamic ? Des gens qui
prennent la carte du monde, et regardent les gros traits : autoroute =
bon, pas autoroute = pas bon ? L’autoroute assure la compétitivité,
mais en compétition avec le reste du monde. C'est cette logique qui
débouche sur les « délocalisations ». Si la création de l’autoroute est
sous-tendue par une logique financière, l’emploi des salariés aussi, et
d’autres pays sont bien plus performants que nous pour les salaires.
Des salariés castrais iront peut-être même former d’autres salariés,
roumains, indiens, chinois, pour le développement de l’entreprise à
l’International. « Pensent-ils naïvement éviter les délocalisations ? »
se demande un syndicaliste, qui n’est pas pour l’autoroute. Qu’en
est-il de la relocalisation dans ces conditions ?
C’est pour un monsieur, qui est ingénieur. L’autoroute aidera les RMistes, car « ça déchire le cœur cette situation, je ne rigole pas avec ça ». C’était une brève de comptoir, les amateurs auront reconnu.
Pour un monsieur pour qui « la reconversion est un dur chemin de montagne, avec le vent de face, un sac de cailloux sur le dos, et des chaînes aux pieds. » Faut pas se faire du mal comme ça.
C’est pour un monsieur qui est vétérinaire, et qui se plaint du trajet que ses clients font pour venir de Bordeaux (c’est parce qu’il dispose d’un des quelques appareils IRM de France). Ses clients disent que le plus long ce n’est pas Bordeaux Toulouse, mais Toulouse Castres. Et oui, après 250 km on se sent fatigué, ce sont toujours les derniers kilomètres les plus longs. Et que disent-ils quand ils repartent ?
C’est pour une personne dans le commerce de l’automobile, qui explique que le trafic sur la RN 126 augmente, et que la saturation est même frôlée. Sa fille s’est vue refuser un emploi car elle habite Castres, et que pour venir il y a des agglomérations à traverser, une limitation à 90 km/h, et des contrôles de vitesse. Depuis, sa femme l’aurait quitté, pour un transporteur routier qui n’arrivait plus à repartir de Castres.
Pour Arnaud Bousquet, conseiller municipal à Castres. Un bien beau
lapsus. « Lésion » autoroutière, pour « liaison » autoroutière. Ça,
c’est quand le subconscient parle. Pourquoi lire un papier absurde,
alors que tu as des choses à dire ? Tu as aussi le droit d’avoir envie
de sauver la planète, et de crier stop aux méchantes autoroutes !
Autorise-toi à rejoindre le continent vert, ce lieu étrange et
fantastique, peuplé de petites fleurs jolies, et de rivières riantes.
Le vélo est aussi pour toi Arnaud. Rebelle-toi!
Le monde change.
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